Jyuza & Stoof pour HipHop
Hourra: Tout d'abord merci d'avoir répondu présent
pour l'interview.
Dee Nasty: Merci
à vous de m'avoir contacté.
3H: On va éviter
tout de suite de perdre du temps, 'Dee Nasty', c'est aujourd'hui plus
qu'un nom donc on va pas te questionner sur ta rencontre avec le HH;
les gens pourront faire eux-même leur recherche, venir te parler
aussi, mais notre première question sera, où étais-tu ces dix
dernières années ??
Dee Nasty: Ben
toutes ces dix années, je suis resté 'là', toujours en activité.
Quelques mésaventures par-ci, d'autres rencontres par-là. J'étais
en maison de disque chez Polydor, qui apparemment était chaud pour
me sortir, mais entre temps il y eu un changement de directeur
artistique avec toutes les mauvaises que cela entraîne: conflit de
gestion et donc mauvais management à l'arrivée. Parallèlement à
tout ça, je faisais la navette Paris/New York, j'animais des
soirées.
3H: Tu as eu de
bons retours ?
Dee Nasty: En
fait, j'y suis allé surtout pour le challenge. Je savais que j'étais
un bon dj ici, mais maintenant je voulais me tester, voire ce que je
pouvais valoir là-bas. C'est en ce sens que leurs ambiances
diffèrent assez des nôtres: ils y ont différents repères
musicaux, c'est pas parce que tu mettras "Sex machine" que
tout le monde lèvera les mains en l'air, c'est plus fin que ça. Et
ce chez tout publique, même chez les blancs.
3H: Ils ont une
plus grande culture musicale surtout en ce sens que la matière
première est chez eux.
Dee Nasty: C'est
exactement ça... Cela dit, en France ça va; le problème, s'il en
est un est que les gens qui ont la culture ne sortent plus.
3H: Financièrement,
tu arrivais à t'en sortir ?
Dee Nasty: Oui,
je cumulais des 100 dollars par-ci, un peu plus par-là. Ce qui
faisait que je pouvais aisément me payer une chambre quelque part et
pouvoir vivre de mon kiff' là-bas.J'ai même penser à m'installer,
mais j'avais beaucoup trop d'attaches ici...
3H: Et à la
suite de tout ça, alors ?
Dee Nasty: J'ai
rencontré par la suite un manageur/producteur, qui m'a proposé de
faire un nouvel album (Nastyness, en 2001). J'ai donc rameuter les
troupes, tous mes potes, le tout sur une partie de mon label qui
s'appelait 'Funkzilla' et ça a pas mal fonctionner. Le revers de la
médaille fût que ce producteur n'était pas trop clean, donc ça ne
m'a pas trop enrichit.
3H: Ce projet
là s'est vendu exclusivement en France ou un peu aux States aussi ?
Dee Nasty: On a
vendu aussi aux States: on a écoulé 4000 exemplaires là-bas, et
8000 ici. par rapport à l'époque, c'était bien mais pas
exceptionnel.
3H: Et après
'Nastyness' ?
Dee Nasty: J'ai
un peu disparu des soirées, car j'ai été engagé par Cachaito
Lopez, le bassiste de 'Buena Vista Social Club'; j'ai fais des
scratches sur deux albums à Cuba, dont celui de Lopez. Comme les
albums ont bien marchés, je me suis retrouvé sur la tournée du
groupe qui a durée 2/3 ans.
3H: Comment
as-tu vécu le tout ? Car mine de rien c'est assez éloigné de ton
HipHop...
De Nasty: Éloigné,
je ne pense pas. J'ai amené ce que je savais faire, un énorme plus.
Il y a pleins de correspondances... En plus, ça été
monstrueusement enrichissant, car tu te retrouves sur scène avec des
génies de la musique et personne ne fait de différence, tu fais
partie du collectif.
3H: Ce qui veut
dire aussi qu'en te proposant un tel projet, ils reconnaissent ton
talent, de la même manière qu'ils reconnaitraient le talent d'un
guitariste, bassiste ou autre.
Dee Nasty: Oui,
c'est clair. Pour l'anecdote, on partait en tournée aux States en
2001 et le 11 Septembre on se dirigeait vers New York, mais on a dû
rebrousser chemin... La suite on la connait. Sur la tournée
américaine, ils m'ont vraiment mis en avant, de par le fait qu'il y
avait sur place quelques-uns des plus grands spécialistes des
platines, donc j'ai pu pleinement montrer mes capacités. Chose que
je n'avais pu faire sur d'autres scènes.
3H: Et au
niveau du retour publique ?
Dee Nasty: Ça
passait super bien. En plus ça m'a permit par exemple, quand on est
allé au Japon, de rester un peu plus longtemps que prévu, de faire
quelques clubs, de proposer mes services pour des soirées, de
rentrer dans des magasins de vynils, pour chiner...
3H: La
parenthèses 'Buena Vista' a durée jusqu'à quand, concrètement ?
Dee Nasty: Jusqu'à
2003/2004, bien que vers la fin, ce ne fût plus aussi intense.
C'était des concerts ponctuels. À côté de ça, il y a eu une
sorte de restructuration du côté de Nova, j'ai donc été obligé
de faire mes valises. J'ai un peu galéré pour retrouver une
émission; j'ai taffé sur 'Vallée FM'. J'ai refilé l'émission à
Dj Tal car les conditions faisaient qu'au niveau timing, je m'y
retrouvais plus. Je voulais consacré plus de temps à ma fille. J'ai
ensuite été engagé sur 'FG', mais la aussi au niveau de la
direction les choses n'étaient pas claires. Ensuite Génération m'a
contacté, m'a donné un créneau: donc j'ai mon émission depuis
2007, tous les Lundi 23h/Minuit. J'ai par la suite monté mon label,
"Disques Pirates", pour l'instant plus officieux
qu'officiel. Le label 'UWE' m'avait proposer d'héberger mon label,
j'avais donc dans l'idée de sortir un p'tit maxi tous les 6 mois. Un
premier maxi avec Dynamax, "The Link", qui a pour thème le
parallélisme entre HH Ricain et HH Çéfran. Un deuxième maxi 3
trois, avec AMS, "Underground zero", plus une mixtape
officielle qui s'appelle "Underground forever". À la suite
de ça, tout le monde était chaud pour taffer sur mon album, on
parlait même d'y inclure une bande dessinée retraçant ma vie, mais
6 mois après... toujours que dalle. Donc, j'me suis trouvé à
devoir démarcher avec mes bandes; sachant qu'entre-temps, sur mon
conseil "UWE" signe Birdy Nam Nam... Bon après quelques
temps de 'non-errance', je connecte Trad Vibe qui a l'air plus
qu'emballer pour sortir mon projet. Dee Nasty chez Trad Vibe, ça
commence !!!
3H: Alors, pour
ce nouvel album, "Système Dee", c'est un matériau
totalement inédit ou tu as amené ton projet avorté ?
Dee Nasty: C'est
le projet QU'ON M'A FAIT avorter, si je puis dire. Le skeud était
prêt à sortir donc après il me fallait vraiment l'occasion. Trad
Vibe a choisi de miser sur moi, ça va le faire !
3H: Tu n'as pas
peur que ton album soit un peu victime du phénomène "sorti
trop tard".
Dee Nasty: "Sorti
trop tard", je pense pas; dans cet album où j'ai vraiment tout
mis, j'y ai passé du temps, j'y ai mis tellement tout mon être et
mon vécu que je pense avoir réaliser quelque chose de totalement
intemporel... Quelque chose de vraiment à la croisée des styles de
musique que je voulais approcher.
3H: Et
justement musicalement, t'as taper dans quoi ?
Dee Nasty: Une
sorte de old school futuriste... Futuristique old school. :)
3H: Quel est le
thème de l'album, si thème il y a ?
Dee Nasty: Pas
forcement de thème particulier, mais s'il y a vraiment un fil
conducteur, ben c'est moi. Une sorte de fresque dans laquelle
j'aurais mis toutes les ambiances que j'ai pu voir depuis que je suis
dans le HipHop...
3H: Au niveau
de la production, comment cela s'est-il passé ? Tu as fait appel à
d'autres producteurs ?
Dee Nasty: Non,
je me suis chargé de tout. Dans mon p'tit home-studio; j'ai composé
tous les sons, c'est moi qui ai joué les basses, les lignes de
guitare.
3H: Qui
retrouvera-t-on en tant qu'invité(s) côté français ?
Dee Nasty: EJM,
Khondo, Enz... Des artistes que je trouve vrais et qui ont une belle
vision et interprétation de la musique.
3H: C'est ton
projet le plus abouti ?
Dee Nasty: Oui,
comme je l'ai dis, j'y ai mis beaucoup, voire même trop de moi. J'ai
envie depuis le temps d'évacuer la pression.
3H: En parlant
de ça, y'a jamais eu un moment, une période ou tu as douté ? Car
après tout ce temps, ce n'est qu'en 2008 que Dee Nasty sort l'album
qui semble le plus le représenter ?
Dee Nasty: NON
! Jamais jamais. Le truc c'est que le HipHop, la musique, il n'y a
que ça que je sache faire... C'est ma bite, quoi...
3H: Dis comme
ça effectivement. Côté promo, comment ça se passe ?
Dee Nasty: Moar
gère le business, les interviews... les premiers pressages des maxis
devraient arriver. Viendra ensuite la version cd courant Février.
Sans oublier le grosse soirée du 14 Février, pour tous les amoureux
du HipHop; pour le vrai grand lancement de l'album, à l'Antirouille
bar, avec moi-même, Moar, Suspect et bien d'autres.
3H: Ben écoute,
on va pas te retenir plus longtemps, merci de nous avoir accorder du
temps et bon courage pour la suite.
Dee Nasty: Merci
à vous et bonne continuation pour votre blog.
Stoof et moi-même avons eu la chance
d'aller chez Dee Nasty, avec Moar qui nous a rejoint pendant
l'interview, pour écouter quelques sons. Laissez-moi vous dire que
"Système Dee" va faire mal. C'est une putain de galette
qui risque de plaire à plus d'un. Voilà, on a passé un grand
moment avec un grand bonhomme du HipHop et de la musique mais au-delà
de ça, c'était une rencontre très enrichissante. À ce propos,
mille mercis à Moar qui a pu faire en sorte que la rencontre soit
possible :) .
jyuza 3H